La campagne est bien lancée avec son lot d’approximation et de sous-entendus. Il faudra donc faire œuvre utile et rétablir autant que possible la vérité afin que les Pessacaises et Pessacais puissent décider en leur âme et conscience. C’est un élément majeur pour la bonne compréhension des enjeux, indispensable pour que chacun puisse juger de la crédibilité et du sérieux des propositions faites. Ce genre d’analyse doit être accompagnée des sources, bien évidemment !

Premier exemple, le budget, où de façon cocasse, il ne faut pas tout prendre pour argent comptant.

Sur son site de « non campagne » puisque encore « non officiellement » candidat, le Maire sortant nous explique 3 éléments de gestion très surprenant :

1/ « Je suis fier de pouvoir réaliser des investissements sans recours à l’emprunt et en réduisant notre dette. »

Le citoyen attentif aura certainement été surpris par cette affirmation. Cette surprise est fondée, car cette affirmation est totalement fausse.

La Ville a emprunté et c’est même assez logique. On peut citer par exemple deux emprunts contractés en 2017, pour 10,5 millions d’€. Les marges de manœuvre étaient importantes en 2014. Pessac était la deuxième commune la moins endettée de France dans sa strate de population (50 000 à 100 000 habitants). Pessac a également renégocié certains emprunts du fait de la baisse des taux d’intérêt. La majorité sortante a aussi vendu une partie du patrimoine de la commune pour plus de 10 millions d’euros et singulièrement le site de l’ancien stade Jean Cordier où fleurira une opération immobilière.

L’encours de la dette était de 17,846 millions d’€ fin 2018 contre 9,766 millions d’€ en 2014. La dette a donc presque doublé depuis le début du mandat si l’on prend les derniers chiffres officiels disponibles sur le site du Ministère.

Nous invitons celles et ceux qui le souhaitent à vérifier par eux-mêmes !

Nous pourrions dénoncer avec véhémence une dette qui a quasiment doublé sous le mandat de cette majorité ! Mais la vérité est que la Ville ne croule pas sous les dettes, grâce à la bonne santé financière reçue en 2014, et que la question de l’emprunt peut se poser légitimement, sans caricature et en responsabilité.

2/ « Pessac y a pris sa part sans augmenter les impôts, contrairement au département qui les a augmenté de plus de 11%. »


Que vient faire le Département dans cette histoire ? Des communes, comme Bordeaux, ont augmenté leur taux en 2014, mais il paraît plus simple de faire le raccourci mêlant deux collectivités qui n’ont pas les mêmes contraintes ni les mêmes compétences. Le fait que le chef de file de Réinventons Pessac soit élu au Conseil départemental n’est certainement pas étranger à cette référence.

Alors oui, le Conseil départemental a augmenté les taux sur la taxe foncière sur les propriétés bâties et ne s’en cache pas. En passant de 16,02%  à 17,46 %, la hausse est réelle mais la Gironde est le 35ème département sur 100, en partant du bas, concernant le taux qu’il applique.

  • La Gironde disposait d’une fiscalité modérée. En comparaison, la Ville de Pessac prélève un taux de Taxe Foncière sur les propriétés bâties de 29,92 %, alors que la Ville dispose encore des ressources issues de la Taxe d’Habitation en cours de suppression.
  • La Gironde a des compétences très importantes sur les solidarités humaines, qui représentent près d’un milliard d’€ et 2/3 des dépenses de fonctionnement du Conseil départemental. Depuis 2014, les dépenses sociales obligatoires du Département ont progressé de près de 20 % (Revenu de Solidarité Active, Prestation de Compensation du Handicap, Aide Personnalisée à l’Autonomie), alors que d’autres dépenses concernant le Service Départemental d’Incendie et de Secours (nos pompiers) pour près de 90 millions d’euros ou les dotations de fonctionnement des collèges (25 millions d’euros) ont également augmenté. Il s’agit d’un rythme bien supérieur à l’évolution de la population de notre département qui est pourtant l’un des plus attractifs de France.

Une confusion est sciemment entretenue. Bien gérer l’argent public est indispensable mais répondre aux enjeux de solidarités humaines l’est tout autant.

Il est d’ailleurs intéressant de comparer la facilité avec laquelle vous pouvez accéder à des données détaillées et précises sur le site du Département et comment la Ville de Pessac rend les choses beaucoup plus difficiles. A chacun de juger de la volonté de transparence des deux institutions.

Quant à la stabilité fiscale des communes, elle est partagée par la majorité des communes de la Métropole. Au final si les taux sont restés inchangés, les produits des recettes fiscales directes  (ce que rapporte la collecte des impôts auprès des ménages pessacais) ont progressé de plus de 15 % entre 2014 et 2020 selon le rapport d’orientation budgétaire présenté en novembre 2019.

3/ « Lorsque j’entends l’opposition, en conseil municipal, me reprocher un manque d’ambition dans la politique menée car la ville peut emprunter plus et n’est pas suffisamment endettée, j’avoue ma consternation »


Consternés, nous pouvons l’être aussi face à cette affirmation totalement surréaliste. Qui peut imaginer que l’on puisse demander à une commune d’emprunter pour le seul plaisir d’être endetté !

 La question de l’emprunt ne vaut que si l’on regarde les investissements que l’on souhaite et qu’il faut réaliser à Pessac. La question ne vaut que si l’on regarde également les conditions dans lesquelles ces emprunts peuvent être contractés. Les taux demeurent actuellement historiquement bas.

Ces toutes premières communications ont le mérite de dévoiler un risque face auquel nous devons être attentifs. Celui de vouloir simplifier une matière malheureusement complexe, et de prendre le risque de distordre la réalité, voire de prendre quelques distances avec la vérité, alors qu’il est indispensable de retisser le lien entre citoyens et représentants politiques.

En ayant presque doublé la dette de la la commune depuis 2014, il est donc incroyable que le Maire sortant se targue de l’avoir réduite, qui plus est avec fierté. Il serait tentant de rappeler que le Canard Enchaîné avait épinglé le Maire au début de son mandat pour un audit financier manipulé afin de dénigrer la situation financière acquise en 2014. Le célèbre journal avait titré  » Un Maire qui audite tout et son contraire « .


La fin du mandat semble donc fidèle à son début. Les Pessacaises et Pessacais jugeront.